Itinéraire à vélo à Paris, Région Île-de-France, France
Le XIXe siècle, dans sa deuxième moitié est marqué dans l'urbanisme parisien par la construction de gares ferroviaires, elles-mêmes naturellement liées à la construction de lignes de chemin de fer. C'est en fait le cas dès avant 1850 puisque sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) un "embarcadère" en bois, c'est le terme utilisé à l'époque, est édifié en 1837 place de l'Europe, pour desservir la première ligne de voyageurs Paris-Le Pecq inaugurée par le roi Louis-Philippe, le 24 août 1837. Rappelons que la ligne de Saint-Étienne à Andrézieux réservée aux marchandises, était entrée en service dès 1827, sous la Restauration soit 10 ans plus tôt. Mais il faudra attendre une loi du 11 juin 1842 pour qu'on passe du concept de ligne à celui de réseau. L'hexagone va alors être découpé comme un gâteau (l'étoile de Legrand) avec pour chaque part un concessionnaire. Mis à part la Compagnie du Midi (1852) l'ensemble de ces compagnies vont édifier dans Paris des gares monumentales éléments d'architecture et d'urbanisme fondamentaux pour ce Paris de la deuxième moitié de ce XIXe siècle.
C'est donc une balade dans le Paris de ce temps à laquelle nous vous convions. C'est une époque pleine d'innovations, mais aussi d'un respect voire d'une nostalgie de l'architecture ancienne. Il sera intéressant de découvrir comment les architectes ont tenté de conjuguer modernité et tradition.
Enfin à partir de ces grandes gares parisiennes un "réseau de banlieue" va se mettre en place donnant le coup d'envoi au concept d'agglomération parisienne.
Musarder Gare de l'Est quelle idée…A y regarder de plus près cela ne manque pas d'intérêt surtout si on s'intéresse à l'architecture et que l'on ait envie de comprendre comment un édifice du XIXe a pu être doublé en plein XXe siècle en conservant son harmonie initiale et en faisant la part belle à certaines innovations comme le béton armé. Suivez le guide!!! Un premier embarcadère est édifié en 1849 dit "embarcadère de Strasbourg" sur l'emplacement de la gare actuelle à l'occasion de la mise en service de la ligne Paris-Strasbourg ligne qui ne sera achevée qu'en 1852 avant la mise en service de l'autre grande radiale de l'Est : Paris-Mulhouse. Dès 1847 cependant la Compagnie du chemin de fer de Paris à Strasbourg anticipant une hausse considérable de la fréquentation avec l'achèvement de la liaison jusqu'à Strasbourg confie à l'architecte François Duquesney la construction de la gare actuelle qui est inaugurée par Napoléon III en 1850. Le parti pris architectural a consisté à mettre en place sur la façade ouvrant sur la ville un bâtiment en pierre avec décrochement au droit de la marquise pour la souligner. Du côté des quais l'architecture métallique est visible dans la partie centrale avec les piliers de fonte supportant la marquise alors que ceux-ci sont dissimulés par la pierre dans les parties latérales. En somme une conception juste-milieu satisfaisante et qui sera reprise dans la plupart des grandes gares parisiennes. Pour faire face à l'accroissement du trafic la gare est doublée dans les années 1920 par un bâtiment à l'identique. C'est Jules Bernaud architecte de la Compagnie de l'Est qui a remplacé et fusionné les anciens réseaux de cette partie de l'hexagone en 1853, qui est chargé de son doublement. Il innove cependant avec la mise en place d'une voute en béton armé, matériau utilisé dés 1913 par Auguste Perret pour le théâtre des Champs Elysées, voûte comportant un éclairage zénithal au moyen d'un carrelage de verre de forte épaisseur. En juin 2007 elle accueille le TGV Est à l'occasion de la mise en service du premier tronçon de la ligne à grande vitesse. A cette occasion des travaux de rénovation sont entrepris.
Le quartier des Deux gares
Allez y voir de plus près en faisant connaissance avec le "Quartier des Deux gares". La mise en place des deux gares fut l'occasion de remodeler l'espace selon le modèle haussmannien qui se caractérise par la percée de larges artères.
Parmi celles-ci on peut citer le boulevard de Strasbourg inauguré le 10 décembre 1853 ou le boulevard Denain inauguré lui en 1859.
Gare du Nord
Que représentait une Gare, une "Entrée de ville" sous le Second-Empire. Quel style utiliser? Quelles décorations apporter? Comment le "style fer" peut-il s'intégrer à un bâtiment qui se veut classique? La Gare du Nord va vous surprendre… Un premier embarcadère est édifié en 1846 sur l'emplacement de la gare actuelle à l'occasion de la mise en service de la ligne Paris-Clermont (Oise). James de Rothschild qui vient de fonder la Compagnie du Nord en 1845 confie à l'architecte Hittorff le soin d'édifier un nouveau bâtiment monumental qui doit symboliser la puissance de sa Compagnie et permettre une augmentation du nombre de voies rendue nécessaire par celle du trafic. L'ancienne gare de1845, première véritable gare parisienne digne de ce nom sera alors démontée : c'est l'actuelle gare de Lille-Flandres. Hittorff est alors au sommet de sa gloire. On lui doit le réaménagement de la place de la concorde avec l'arrivée de l'obélisque de Louqsor en 1834, du bois de Boulogne, la construction Théâtre du Rond-point, du Cirque d'Hiver…La nouvelle gare est achevée en 1866. L'examen de la façade néo-classique de 180 m. de large sur laquelle on observe 23 statues représentants sous forme allégorique les 23 villes principales desservies par le réseau du Nord nous permet de comprendre le parti pris par Hittorff que l'on a déjà observé pour la plupart des gares de notre première balade. Il commence par imaginer un vaste Halle composé de 3 verrières, reposant sur des piliers de fonte, une grande au centre et deux plus modestes sur les parties latérales. La verrière principale ayant 72 mètres de portée, hauteur s'expliquant par les problèmes d'évacuation de la vapeur des premiers trains de l'époque mais qui perdurera. En France la traction vapeur ne sera définitivement abandonnée que dans las années 1960. Cette disposition à trois nefs n'étant pas sans rappeler le fameux Crystal Palace édifié à Londres pour l'exposition universelle de 1849. Puis on masque, sur la façade cette architecture métallique par un parement de pierre qui n'est là qu'à titre décoratif. Aujourd'hui avec l'arrivée du TGV Nord en 1993 et d'Eurostar en 1994 la gare du Nord a le trafic grande-lignes le plus important d'Europe et se situe, toujours pour ce trafic comme la troisième gare au niveau mondial. De nombreux voyageurs notamment d'Eurostar se plaignent du caractère peu soigné pour ne pas dire rafistolé de l'édifice qui souffre il est vrai de la comparaison avec Saint Pancras son terminus londonien. Aussi des travaux de réaménagement sont-ils en cours.
Saint-Lazare
La Gare Saint-Lazare bien sûr on connait même si on n'est pas parisien…Est-ce si sûr? Partez à la découverte d'un édifice plus que centenaire qui a été largement à l'origine de la restructuration de cette partie de la ville et de la banlieue Ouest. Partez à la découverte d'un lieu qui a fasciné les Peintres Impressionnistes. A l'occasion de l'ouverture de la ligne de Paris au Pecq, première ligne pour voyageurs construite en France à l'initiative des frères Pereire, un embarcadère dénommé "embarcadère de l'Ouest" est inauguré par la reine Amélie "épouse de Louis-Philippe le 24 août 1837. La gare actuelle a été mise en place par étapes. En 1853 l'architecte Alfred Armand établie la partie Quais. En 1865 le même architecte poursuit son oeuvre en établissant les deux bâtiments sur rue avec leur cour respective : Havre à l'Est et Rome à l'Ouest. En 1889, à l'occasion de l'Exposition Universelle est construit l'Hôtel Terminus en avancée par rapport aux bâtiment de la gare proprement dite par l'Architecte. A l'époque les clients de l'Hôtel pouvaient se rendre directement sur les quais situés au premier étage au moyen d'une charmante passerelle de style Art Nouveau, passerelle heureusement conservée et restaurée lors des derniers travaux de modernisation (2012). La partie sur quai se compose d'une double halle comportant deux immenses verrières. Ici le parti pris architectural a été comme ce fut le cas pour la plupart des gares parisiennes à masquer l'architecture métallique côté entrée de ville par une façade de pierre de style néo classique et la rendre visible dans la partie "Quais". Des années 1930 à 1960 un journal lumineux défilant, comme à New-York avait été installé sur la façade de la gare. L'une des particularités de St Lazare est que l'essentiel du trafic est destinée à la banlieue et cela dés les origines, c'est ce qui fait de cette gare le premier terminus de banlieue d'Europe. Comme évoqué à propos de la pérennisation de la passerelle de vastes travaux d'aménagement de la gare se sont déroulés entre 2009 et 2012. Ils ont consisté en particulier à transformer l'ancienne salle des pas perdus en une vaste galerie marchande. Cette opération a permis la restauration des panneaux de verre installé par l'artiste Charles Serteur en 1927 dans la halle des quai et la salle des pas perdus. Par contre les halles restent dans un état de délabrement avancé de même pour la petite tourelle de Lish qui semble n'avoir jamais eu qu'un but décoratif et qui mériterait une belle restauration!!!
Place de l'Europe
Bonne escapade : partir à la découverte d'un quartier caractéristique de la période haussmannienne et influencé par la construction de la gare Saint-Lazare, le Quartier de l'Europe. Même si le périmètre appelé à devenir le "Quartier de l'Europe" était déjà en pleine effervescence spéculative au milieu du XIXe, l’arrivée du chemin de fer fut sans conteste l'élément accélérateur de son développement. Les initiateurs privés de ce projet urbanistique et immobilier imaginent un plan en étoile centré sur la Place de l'Europe. Leur plan figure un réseau de 24 rues empruntant des noms de métropoles européennes. Ainsi s’égraine des rues au nom évocateur de Saint-Petersbourg, de Londres ou de Turin. Cependant la construction de la Gare de l'Ouest (qui ne s'appelle pas encore Saint-Lazare) remet en cause le plan en étoile. Le manque de place et les contraintes liées à la traction à vapeur oblige les promoteurs du projet à suspendre la place sur un viaduc, ce qui a l’époque était vu comme une hérésie. La construction des immeubles de type haussmannien et néo-haussmannien se termine à la veille de 1914 et donne à l'ensemble homogénéité et harmonie. Comme on le voit et ce n'est qu'un exemple que l'on pourrait reproduire pour la plupart des quartiers parisiens proches des gares, le chemin de fer a été un élément déterminant de l'urbanisme parisien dans la deuxième moitié du XIXe siècle. C'est ainsi que se termine notre deuxième balade.
Gare de Pont-Cardinet
A moins de deux kilomètres de la Gare Saint-Lazare la gare de Pont-Cardinet ancien embranchement de la ligne d'Auteuil fermée depuis 1996 est un bon et rare exemple de gare des années 1920 (1922) de style Art déco en béton armé à l'exemple des constructions d'Auguste Perret durant la même période. Elle est due à l'Architecte Julien Polti, Architecte-Conseil des Chemins de fer de l'Etat qui avaient repris le Réseau de l'Ouest, en faillite en 1908 . On doit aussi à cet architecte le Gare de Trouville (1920). D'ici 2018 cette gare devrait être en correspondance avec la station de métro du même nom, située sur la ligne 14.